Aujourd’hui nous, accueillons Anne-Claire qui vit à Haïfa en Israël depuis maintenant 2 ans et demi. Nous nous sommes rencontrées en 2007 lorsque nous faisions nos études à La Rochelle, nous étions alors dans la même classe. A présent mariée et maman, elle a gentiment accepté de nous parler de son nouveau pays.

D’où viens-tu ?

Je viens de la région parisienne. J’ai grandi à Chaville, une ville au bord d’une grande forêt mais également aux portes de Paris.

Depuis quand vis-tu à Haïfa ?

Je vis à Haïfa depuis que je suis arrivée en Israël en Janvier 2014. J’ai fait ce que l’on appelle l’Aliyah. En tant que juive, j’avais le droit depuis ma naissance de demander la nationalité israélienne. C’est donc ce que j’ai fait après avoir fini mes études à Sup de Co La Rochelle.

Cites-nous 3 raisons pour lesquelles tu as choisi de vivre ici :

Il y a d’abord le choix du pays, j’ai également ici une bonne partie de ma famille. Par ailleurs, j’ai fait 2 de mes stages en Israël et j’ai commencé à me créer un réseau. En plus de cela, les opportunités professionnelles me semblaient ici plus intéressantes qu’en France.

Ensuite, il y a le choix de la ville de Haïfa. Il s’agit du deuxième plus grand port de commerce du pays après celui de Ashdod. M’étant spécialisée dans l’import-export, le port était pour moi un avantage important. Il faut aussi préciser qu’en plus du port, il y a aussi de nombreuses plages à Haïfa. D’autre part, la ville est construite sur la montagne du Mont Carmel. Haïfa regroupe donc à la fois un port, la plage et la montagne. Tout cela à deux pas de la Galilée et du Golan. Nous sommes à une grosse heure de voiture du Liban au Nord et de Tel Aviv au Sud. Il s’agit également de la plus importante ville du Nord d’Israël.

3 choses qui te manquent de chez toi :

L‘Israël est devenu mon chez moi à part entière. Je ne peux pas vraiment dire que je regrette quelque chose de France si ce n’est un bon croissant au beurre et mes 2 petites sœurs. Je rêve qu’elles viennent elles aussi s’installer ici.

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Coucher de soleil sur le Lac Tiberiad depuis le plateau du Golan

Ton plus beau souvenir ici et le pire :

Je dois regrouper mon plus beau et mon pire souvenir en un seul. Cela s’est passé pendant l’été 2014. L’opération « Bordures Protectrices » a été mon premier coup de fouet avec la réalité de la guerre à l’israélienne. Une guerre que les civils ne ressentent généralement pas mais qui est pourtant bien réelle.

Cet été là, les sirènes d’alerte des roquettes n’ont pas cessé de retentir de jour comme de nuit. A Haïfa nous étions suffisamment éloignés de Gaza pour que les roquettes n’arrivent pas jusqu’à nous. Cependant, ma famille et mes amis qui habitent plus près étaient en danger permanent. En me rendant à Tel Aviv ou à Jérusalem il me fallait toujours savoir quoi faire et où me mettre à l’abri en cas de besoin. Il y avait aussi la peur que mon mari soit appelé par l’armée. Ici les hommes sont réservistes jusqu’à leurs 40 ans. Mon mari est combattant parachutiste. Son bataillon pouvait à tout moment être appelé à entrer dans Gaza. Heureusement il n’a pas été appelé cette année-là mais de nombreux amis et hommes de ma famille ont eux été appelés.

Mon plus beau souvenir est la mobilisation générale des civils pour les soldats. Pendant les périodes comme celles-ci, chaque soldat est un héros. Peu importe son grade ou son poste. Aux soldats que l’on croise dans la rue on offre une bouteille d’eau ou une glace (Il fait très chaud en été en Israël). Des colis étaient envoyés au front et dans les bases militaires de la part des entreprises, des écoles, des associations, des maisons de retraite… Dans les colis on faisait partir des lettres d’encouragement, des bonbons, des chips, des sous-vêtements neufs de toutes les tailles. Du déodorant, du gel douche, des brosses à dents, des lingettes rafraichissantes et des produits d’hygiène féminine pour les combattantes… Tous ce qui pouvait nous sembler utile. C’était beau. Le pays entier était uni pour ses soldats mais aussi pour les familles des soldats. Les femmes dont les maris avaient été appelés étaient aidées par tout le quartier pour s’occuper des enfants (beaucoup d’écoles ont dû fermer leurs portes).

Cependant dans toute cette entraide et cette union s’est produit un drame. Hagay, le mari de ma cousine a lui aussi été appelé à combattre. Son unité est entrée dans Gaza. L’opération s’est pour ainsi dire, passée correctement, jusqu’à ce qu’il reçoive l’ordre de sortir. Hagay est officier il devait donc être le dernier de son bataillon à sortir. Ses soldats sont sortis mais lui n’en a pas eu le temps. Une roquette est tombée près de lui. Les éclats lui sont rentrés dans la tête et il a dû être évacué en urgence. Depuis Hagay est entre la vie et la mort. Cela fait 2 ans. Il est la dernière victime de l’opération Bordures Protectrices et il n’a pour ainsi dire, aucune chance de rémission.

Cet été là, Hagay était père d’un petit garçon et sa femme venait de donner naissance à une petite fille. Maintenant, Hagay ne se lèvera jamais de son lit. Il ne jouera jamais au foot avec son fils. Il ne conduira jamais sa fille par la main pour son premier jour d’école. Il n’aura pas non plus d’autre enfant. Hagay c’est le héros d’un été qu’on a fini par oublier. Hagay c’est un mec simple qui aura tout donné pour que ses enfants et ses compatriotes vivent en paix.

Pour les futurs voyageurs, 3 lieux à visiter :

Je ne peux pas donner 3 lieux à visiter à Haïfa mais je peux en donner des quantités à visiter en Israël (voir plus bas).

Haïfa est la capitale internationale de la religion Bahaï. Les Bahaï sont peu connus en France. Ils sont à mi-chemin entre une secte et une religion. Ce qui est intéressant à visiter ce sont les jardins de leur temple. Tout un flanc du Mont Carmel en plein centre-ville de Haïfa est occupé par de magnifiques jardins parfaitement entretenus pleins de fleurs multicolores. Il y a aussi une mystérieuse coupole dorée strictement interdite qui n’est pas Bahaï. Les Bahaïs aiment entretenir le mystère sur eux-mêmes, leur religion et leur richesse.

3 lieux où manger :

Le premier des restos de Haïfa et de loin le plus chic c’est Hanamal 24. Si le maire de Haïfa ou toute autre personne d’importance doit faire un repas d’affaires, alors ce sera au Hanamal 24. Le chef Ran ROSH a étudié à l’Institut Paul Bocuse de Lyon et à travaillé à La Belle Otero à Cannes (2 étoiles au guide Michelin). Le propriétaire Guy AVITAL est devenu un ami via des relations professionnelles que nous avons en commun. Il s’agit d’une cuisine d’inspiration italienne revisitée à la mode Israélienne. On se régale.

Le second resto serait Dona Rosa. Un resto de viandes argentines. La communauté argentine est relativement importante en Israël et les argentins ont apporté dans leurs valises le maté mais aussi la viande de qualité. N’ayant jamais mis les pieds en Argentine, je ne peux pas comparer la qualité de la viande d’ici et de là-bas mais une chose est sûre, pour moi qui suis une carnivore, Dona Rosa c’est l’adresse à ne pas manquer. Les pièces y sont découpées à la mode argentine et il s’agit de l’un des rares endroits où l’on peut commander un asado. Un vrai !

Enfin le troisième resto serait ce que l’on appelle une Humusseria. Pas vraiment un resto mais pas un fast-food non plus. C’est un endroit comme il y en a des centaines en Israël et à Haïfa. Dans les humusserias on mange du humus et uniquement du humus. Les tables sont rarement débarrassées quand on s’assoit et si elles le sont, alors elles sont collantes. C’est ce qui prouve la renommée de la dite humusseria. La meilleur humusseria de Haïfa c’est Abu Maroon.

 3 spécialités culinaires :

Le humus: une pâte de pois chiche avec beauuuuucoup d’huile d’olive. Il peut être accompagné d’un peu de viande hachée, de pignons de pin ou de champignons sautés. Il est servi avec une assiette de frites et une salade israélienne (tomates et concombres citronnés coupés en tout petits dés). Le humus se mange sans couverts. Il « s’essuies » avec une pita (pain typique, plat et creux). C’est un plat copieux et bon marché. Bien affamé est celui qui essuiera toute son assiette, finira ses frites et sa salade. Quand on déboutonne sa braguette et que l’on s’affale sur sa chaise, c’est le signal pour que le serveur vienne débarrasser la table sans prendre la peine de demander si l’on a fini. Le humus se mange chez les arabes. Les meilleurs humus d’Israël se trouvent à Haïfa, Jérusalem ou Jaffa.

La Shawarma: un genre de kebab de mouton en général mais elle peut aussi être au poulet. Elle est servie dans une pita (le même pain plat et creux qui sert à essuyer le humus). Avant de mettre la viande dans la pita, on tartine le pain de humus (encore et toujours), de salade israélienne, de sauce à l’ail et on y fourre quelques cornichons. Par-dessus la viande on coule un peu de thrina (sauce de sésame). On rajoutera de la thrina presque à chaque bouchée donnée dans la shawarma. La shawarma est un street-food au même titre que le bien connu falafel. C’est le repas tout en un qu’on avale à la pause déjeuné.

Le Sabikh: ressemble un peu à la shawarma. Là encore il s’agit d’un tout en un servit dans une pita que l’on avale à la pause déjeuné. Cette fois on y trouve de la pomme de terre cuite à l’eau, de l’aubergine frite, un œuf dur, des cornichons, de la thrina et de la sauce amba (la sauce amba est une sauce d’origine indienne à base de mangue et de cumin). Là encore ce n’est vraiment pas un repas diététique…

Jardins Bahaï et le port de Haïfa.jpg

Les Jardins Bahaï et au fond, le port de Haïfa

 3 lieux où sortir :

Sur ce point, je ne suis pas de bon conseil. Je ne « sors » pas. Par contre je vais à ce que l’on appelle des messibat téva. Il s’agit de genre de free party souvent dans le Désert du Néguev. La fête commence en général le vendredi soir et se fini en fin d’après-midi le samedi (le weekend en Israël est du vendredi au samedi et non du samedi au dimanche). Dans ces fêtes on dance toute la nuit sur de la transe. On plante sa tante pour quelques heures afin de pouvoir piquer un somme si besoin et réattaquer la piste de dance plus tard.

Il y a aussi beaucoup de festivals en Israël. Des festivals de toute sorte, y compris accessibles avec des enfants voir des bébés. Le dernier festival où je suis allé à duré 3 jours, j’étais enceinte de 8 mois et ma belle-sœur avait avec elle ses 3 enfants (de 3 à 6 ans). Il s’agissait d’un festival autour des sons et de la musique qui soignent, ou comment la musique peut être utilisée comme thérapie. Il y avait des concerts, des ateliers, de la méditation, des explications sur des instruments de musique « médicale » ou bien sacrée comme le didjéridoo, le hang ou le shofar.

3 choses insolites :

Des choses insolites en Israël il y en a plein. Je pourrais commencer par Jérusalem. La ville elle-même est insolite. En changeant de trottoir on a l’impression de changer de région du monde. Un instant on croise des hommes en djellaba qui boivent un café noir et en tournant au coin de la rue un pop orthodoxe. Un peu plus loin des enfants juifs religieux, kipa sur la tête et péottes aux coins des oreilles sont accroupis et jouent aux billes dans la rue.

Je pourrais continuer avec la mer morte qui compte comme l’une des sept merveilles du monde. Il s’agit du point le plus bas du monde sous le niveau de la mer. La densité en sel de l’eau est tellement importante qu’il est impossible de nager dans cette mer fermée. On y flotte comme si l’on portait une bouée. L’eau est huileuse et la boue chargée en minéraux est utilisée dans le traitement des maladies de peau comme le psoriasis par exemple. Cette particularité aura contribué à la renommée mais aussi à la mise en danger du site de la mer morte. Tout le long des plages, des complexes hôteliers se sont construits et des cures hors de prix sont proposées aux touristes du monde entier. D’années en années le niveau de la mer morte de ne cesse de baisser et des prévisions plus au moins pessimistes affirment que d’ici 40 ans la mer sera complètement asséchée.

Enfin, il y a un phénomène très peu connu hors d‘Israël qui sont les inondations qui ont lieu dans le Désert du Negev. A l’arrivé des premières pluies de l’année, des torrents d’eau arrivent dans les canyons. Il faut être bien avertis et ne pas se trouver sur la trajectoire de ces torrents au risque de se noyer en plein désert. Oui oui 🙂 L’eau fini par infiltrer les sols et disparait laissant un petit velours d’herbes sur son passage qui sera rapidement brulé par le soleil jusqu’à la prochaine inondation.

3 objets à emmener pour son séjour ici :

Une bonne paire de chaussures. Des sandales de marche en été ou bien des chaussures de randonnée en hivers. En général les israéliens aiment marcher, se promener. Ils y sont aussi pour la plus part initiés durant leur service militaire. D’autre part, le pays étant « à taille humaine » il y a de très nombreux itinéraires classés selon leur difficulté et leur longueur. Le plus célèbre est la Shvil Israël (traduire par : le sentier d’Israël). Il s’agit d’un sentier qui traverse tout le pays du nord au sud en passant par les villes principales.

Un smart phone. Israël est un pays ultra développé et connecté. Les israéliens ont souvent plus d’un téléphone par personne. Tout passe par les applications et il y a du wifi dans la majorité des lieux publics.

Un maillot de bain. Que vous veniez en Israël en été ou en hiver, vous trouverez toujours où vous baigner. En été il y a évidemment la plage, le Lac de Tiberiad, le Jourdain ainsi que tous ses affluents. En hiver il y a les sources d’eau chaude soufrées de Hamat Gader. Là, à la frontière Syrienne vous pouvez vous prélasser dans une eau presque trop chaude en observant la nature alentour. Difficile à croire que de l’autre côté de la frontière (que l’on voit depuis les sources) se passe l’un des plus grands drames de notre époque.

Rosh Hanikra - Côte Israélienne depuis la frontière avec le Liban.jpg

Rosh Anikra: la côte Israélienne depuis la frontière avec le Liban

 

3 souvenirs à ramener chez soi :

Les israéliens eux-mêmes, les amitiés que vous vous ferez sur place. Les israéliens sont de gens qui vont droit au but, ils sont droits et sincères, si quelqu’un décide d’être votre ami, c’est sans conditions et vous pourrez compter sur cette personne à tout moment. Sachez également que cette personne comptera sur vous.

Apprendre à vivre les choses avec intensité. En Israël, demain est incertain alors ce qui peut se faire ou être vécu aujourd’hui doit absolument l’être aujourd’hui et à 200%. Si l’on fait la fête, c’est jusqu’au bout. Si l’on se dispute, c’est complètement. Si l’on s’aime c’est de toutes ses forces. On ne perd pas son temps avec des choses à moitié.

Enfin, la débrouillardise. Le mot « impossible » est inacceptable en Israël. Si le pays a pu partir de rien il y a 68 ans et arriver là où il est aujourd’hui c’est par ce que les israéliens refusent de renoncer. Dans tous les domaines (surtout professionnels) là où on dira que ce n’est pas possible par ce que c’est impossible, l’israélien cherchera à prouver que c’est possible, par esprit de contradiction. Peut-être qu’il fera plein de détours, peut-être qu’il bidouillera ici et là mais au final il y arrivera. Shimon Perez (ancien président d’Israël) qui vient de mourir disait « c’est là où il n’y a rien que tout reste à faire ».


Textes: Charlotte & Anne Claire / Photos: ©Anne Claire

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